le Cheval Bleu

Le Cheval Bleu

Comment !
Vous ne connaissez pas le Cheval Bleu ? Mais voyons : c’est le dada chéri de Monsieur Leblanc !
Maintenant qu’il est trop vieux pour travailler, on lui permet de faire tout ce qu’il veut dans la ferme.

Un jour, Monsieur Leblanc emmena toute sa famille à la ville, dans sa magnifique voiture neuve.
Le Cheval Bleu se sentit tout abandonné. Il alla dans l’écurie et regarda tristement par la fenêtre.

Monsieur Leblanc disait toujours que son cheval était le plus intelligent du canton.
Et c’était vrai.
Le Cheval Bleu se mit à réfléchir profondément. Puis, tout à coup, il s’écria :
-    J’ai une idée ! Moi aussi, je vais aller à la ville !

Et alors ?
Et alors le Cheval Bleu entra dans la grange et enfila la salopette de Monsieur Leblanc : il faut bien s’habiller quand on va à la ville… et se chausser, n’est-ce pas ?
On ne peut pas se promener pieds nus dans les rues !
Il chaussa donc les vieilles bottes de Monsieur Leblanc. Hop et hop ! Il n’y pas à dire : rien n’est plus élégant que des bottes de cavalerie.

Madame Leblanc aurait-elle laissé partir Monsieur Leblanc sans rien sur la tête ? Non ! Voilà pourquoi le Cheval Bleu coiffa la sienne d’un chapeau de paille. Ca ne lui allait pas tout à fait bien, parce que… parce que ses oreilles n’étaient pas à la même place que celles de Monsieur Leblanc.

Quand le Cheval Bleu fut prêt, il alla dans le clos à côté du hangar.
-    Mon Dieu ! s’écria la Vache Orange, où vas-tu comme ça, si bien habillé ?
-    A la ville, ma chère !
-    Oh ! est-ce que je peux aller avec toi ?
-    Dans cette tenue ? Tu n’es pas présentable, dit le Cheval.
-    Attends un peu, cria la Vache.

Elle se précipita dans la cour et décrocha de la corde à linge la robe verte de Madame Leblanc. Elle lui allait à merveille, car Madame Leblanc… n’était pas très mince.
-    Me voici, dit la Vache Orange, accourant à toute vitesse.
-    C’est très joli, dit le Cheval.

-    Mais que vont dire les voisins s’ils te voient partir pour la ville, sans chapeau ?
-    Oh ! Mes aïeux ! mugit la Vache, et elle disparut de nouveau.
Elle revint aussitôt avec un chapeau noir et un parapluie mauve.
-    Parfait ! s’écria le Cheval, partons !
-    Oh ! Oh ! s’exclama la Vache, c’est trop fatigant d’aller à pied. Si tu mettais la vieille auto en marche ?
-    Hon-hon… fit le Cheval, en voyant qu’il y avait de l’essence dans le réservoir.
-    Tu ferais bien de vérifier le niveau de l’eau, dit la Vache.

Le Cheval remplit le radiateur puis monta sur le siège et appuya sur les boutons.
Pop-pop-pop ! fit le moteur.
-    Il va partir ! cria la Vache.
Pop-pop, brooum, broooum…
Et la vieille auto démarra.

-    C’est tout de même mieux que d’aller à pied, n’est-ce pas ? demanda la Vache.
Le Cheval, absorbé par le volant, se contenta de hocher la tête.
-    As-tu une liste ? demanda la Vache. On ne va pas en ville sans une liste de commissions.
Le Cheval arrêta la voiture et descendit pour chercher dans ses poches.
Mais il ne trouva rien, sauf une lettre que Madame Leblanc avait confiée à Monsieur Leblanc pour la mettre à la poste l’année d’avant, une clé anglaise pleine de graisse et un porte-monnaie usé plein d’argent.

-    Nous voici au marche, meugla la Vache en sautant sur le trottoir.
Ils firent le tour des étalages, ils achetèrent tout ce qui leur plut. Puis ils se promenèrent le long des rues.
-    oh ! oh ! s’écria la Vache en s’arrêtant devant une vitrine, regarde cette belle cloche en argent. Il me la faut absolument ! Ma vieille cloche de bronze fait si ordinaire…
elle entra tout droit dans la boutique et acheta la cloche, tandis que le Cheval mettait à la poste la lettre de Madame Leblanc.

-    Et maintenant, veux-tu me faire plaisir ? demanda la Vache Orange au Cheval Bleu.
-    Comment ? dit le Cheval.
-    En te faisant couper les cheveux… répondit la Vache.
Quand le Cheval fut bien peigné et bien brossé, ils allèrent déjeuner au restaurant.
-    Mes aïeux ! soupira la Vache au bout d’un moment, c’est terriblement difficile de manger des spaghettis avec une cuillère…
-    Oh ! ma chère, ce que je peux avoir faim ! lança le Cheval, qui venait d’avaler une douzaine de crêpes.

Ding-dong, ding-dong, ding-dong, sonna la grosse horloge du clocher.
-    Quatre heures ! s’écria la Vache, dépêchons-nous, je vais être en retard pour la traite !
En arrivant près de la vieille auto, ils s’aperçurent qu’elle avait un pneu dégonflé.
Le cheval démonta la roue.
-    Il n’y a pas de pompe, dit la Vache.
-    Passe-moi la chambre à air, je parie que je vais la gonfler, dit le Cheval.
Et il se mit à souffler très fort.
-    Assez, assez !  beugla la Vache, tu vas la faire éclater ! remets tout en place et partons.
Sur la route de la ferme, la Vache s’écria tout à coup !
-    Regarde ! les voilà !

Monsieur, Madame Leblanc et les petits Leblanc, se tenaient, tout penauds, autour de leur voiture neuve, car, pour rouler, les voitures neuves ont besoin d’essence elles aussi !
-    Voulez-vous un coup de main ? demanda le Cheval Bleu.
Mais Monsieur Leblanc fut tellement surpris de voir son Cheval Bleu et sa Vache Orange dans sa vieille auto qu’il ne put même pas dire : oui.
Alors le Cheval Bleu prit une grosse corde dans le coffre de la vieille auto, et attacha, bien fort, les deux voitures ensemble.
Pendant qu’il remorquait la belle voiture neuve, le Cheval Bleu dit en clignant de l’œil :
-    Qui prétendait que j’étais trop vieux pour travailler ?
Quand ils arrivèrent à la ferme, tout le monde descendit de voiture, excepté Madame Leblanc, qui cherchait son sac à provisions.
-    Il n’est pas là, dit Monsieur Leblanc, où diable l’avons-nous oublié ?
-    Ne vous tourmentez pas, dit le Cheval Bleu, regardez ce que nous avons acheté au marché.

La Vache Orange et le Cheval Bleu sortirent de leurs paniers : un sac de farine, une douzaine d’oranges, une botte d’oignons, un tube de pâte dentifrice, une libre de petits clous, une poupée en caoutchouc pour Annie, un ballon pour Félix, trois biberons pour bébé… et un chapeau rouge pour Madame Leblanc.

Alors Monsieur Leblanc se tourna vers Madame Leblanc :
-    N’ai-je pas toujours dit que mon Cheval Bleu était le plus intelligent du canton ? Je devrais dire : du département, et même… de la Terre !

Texte de Nathan Hale

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